Beaucoup a été écrit sur la nécessité pour l’Afrique de se doter d’infrastructures nouvelles et améliorées, le continent ayant pris du retard pendant des siècles dans ce domaine. Pourtant, on néglige souvent un aspect : ces infrastructures doivent être durables et respectueuses de l’environnement.
Examinons donc le rôle des infrastructures vertes dans les futures villes africaines — leur importance, les mesures déjà engagées pour garantir la durabilité dans tous les volets de l’industrialisation du continent, et les actions indispensables à l’avenir pour assurer la réussite de cette mission.
L’importance des infrastructures vertes en Afrique et dans le monde
Les émissions de carbone issues des combustibles fossiles et d’autres sources ont déjà endommagé la couche d’ozone terrestre. Cependant, des scientifiques ont récemment révélé que le trou d’ozone se trouve à sa septième plus petite taille depuis sa découverte. Ils attribuent cette amélioration aux efforts mondiaux visant à contrer les effets dévastateurs des gaz à effet de serre.
Ils estiment également que le trou pourrait se refermer totalement d’ici 2066 si les efforts actuels sont renforcés, ce qui constituerait un immense progrès pour la protection de la planète contre les rayons ultraviolets nocifs du soleil. Il est donc essentiel que toutes les infrastructures futures dans le monde, et plus particulièrement en Afrique, soient conçues pour empêcher toute nouvelle expansion du trou.
Il est tout aussi indispensable que les pays déjà industrialisés, en particulier les nations du Nord, apportent un soutien financier et matériel afin de garantir le succès de ces initiatives. Forts de leur expérience et d’une meilleure compréhension du climat mondial, ces pays développés peuvent aider l’Afrique à éviter les erreurs commises ailleurs, où l’environnement a payé le prix du progrès.
La Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, déclarait en janvier 2025 au sommet « Mission 300 Africa Energy » en Tanzanie : « Les responsables politiques et les institutions internationales doivent veiller à ce que les plans sectoriels soient cohérents et alignés sur la réalisation des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030, tandis que les investisseurs ont besoin de réglementations solides pour mener des activités conformes à ces objectifs. Les Contributions déterminées au niveau national doivent coordonner la transition hors des combustibles fossiles avec le déploiement des énergies renouvelables, la modernisation et l’extension des réseaux, afin de garantir la sécurité et l’accessibilité énergétique. »
Il est important de noter l’usage du terme « Contributions déterminées au niveau national », qui fait référence aux plans individuels de durabilité des infrastructures inscrits dans l’Accord de Paris. Tous les pays africains ont signé cet accord, bien que la Libye ne l’ait pas encore ratifié, s’engageant ainsi à réduire leurs émissions de carbone d’un certain pourcentage.
Malheureusement, la dépendance de la région au charbon rend ces engagements difficiles à honorer. L’Afrique du Sud, par exemple, possède le sixième parc charbonnier mondial et produit 80 % du charbon utilisé en Afrique et au Moyen-Orient. Le charbon figure parmi ses principales exportations, aux côtés des véhicules et du platine ; environ 25 % du charbon extrait est vendu à l’étranger.
Pourtant, le pays s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 dans le cadre de l’Accord de Paris. Environ la moitié des mines de charbon devraient fermer au cours de la prochaine décennie. C’est une bonne nouvelle pour le climat, mais le remplacement de ce charbon par des sources d’énergie verte doit s’accélérer pour répondre à la forte demande des habitants et des entreprises.
Aux termes de l’accord, l’Afrique du Sud pourra continuer d’utiliser le charbon comme combustible jusqu’à ce que les sources vertes s’imposent. En raison de cette dépendance persistante, Bloomberg Group prévoit que le pays n’atteindra pas les objectifs de réduction des émissions fixés par l’Accord de Paris. C’est un autre exemple de la nécessité d’une coopération internationale pour instaurer des infrastructures plus écologiques en Afrique.
L’initiative « Green-Grey Infrastructure » : une voie à suivre
De nobles objectifs et de bonnes intentions constituent un excellent départ, mais encore faut-il un plan concret et opérationnel. Un exemple probant est l’accélérateur “Green-Grey Infrastructure (GGI), un programme multinational — auquel participe notamment le gouvernement du Canada — destiné à soutenir les infrastructures vertes à travers l’Afrique.
Selon Philippe Heilmann, PDG d’une société de conseil en infrastructures pour les gouvernements africains, l’infrastructure « vert-gris » est décrite comme un mélange d’éléments naturels — forêts, zones humides, mangroves — et de structures conçues telles que des digues, des systèmes de drainage des eaux pluviales et des stations d’épuration des eaux usées. En associant ces deux volets, les villes peuvent mieux faire face aux catastrophes, protéger la biodiversité et se développer de manière durable.
L’infrastructure vert-gris est actuellement testée dans plusieurs grandes villes — Addis-Abeba, Dire Dawa, Nairobi, Brazzaville, entre autres — avec l’objectif de généraliser ces programmes sur l’ensemble du continent une fois qu’ils auront fait leurs preuves et que leurs éventuelles lacunes auront été comblées. Le modèle pourra alors être appliqué aux villes de taille moyenne, puis à l’Afrique dans son ensemble.
Plans de durabilité futurs et coopération intercontinentale
Outre la collaboration mondiale, les nations africaines doivent s’entraider pour atteindre l’objectif d’un continent durable. Les conflits géopolitiques, qu’il s’agisse de guerres véritablement déclarées ou de simples différends frontaliers, peuvent s’avérer désastreux.
Heureusement, le travail a déjà commencé, tant à l’échelle panafricaine qu’internationale. Après l’annonce par l’Éthiopie de son initiative « Green Legacy » pour lutter contre le changement climatique et promouvoir des infrastructures durables, le Nigeria a déclaré qu’il soutiendrait la démarche autant que possible.
Le vice-président nigérian, Kashim Shettima, a récemment affirmé par le biais de son attaché de presse : « Nous avons reconnu depuis longtemps que le changement climatique n’est pas un problème à résoudre dans une salle de conférence ; c’est un danger que nous devons combattre par des actions concrètes, chaque nation répondant aux particularités des contraintes écologiques auxquelles elle est confrontée.
L’initiative “Green Legacy” de l’Éthiopie constitue l’une de ces réponses. Pour ceux qui la suivent, les chiffres sont impressionnants, mais l’impact l’est encore davantage. Planter 20 milliards de plants en quatre ans, établir plus de 20 000 pépinières et créer des centaines de milliers d’emplois verts, c’est montrer que l’avenir se plante, se cultive et se bâtit. »
Le vice-président Shettima a ajouté que des infrastructures vertes seraient nécessaires pour soutenir ces emplois verts, rappelant que le Nigeria et l’Éthiopie sont les deux nations les plus peuplées du continent et, à ce titre, les plus exposées aux conséquences du changement climatique.
Le rôle des infrastructures vertes dans les villes africaines de demain
La marche de l’Afrique vers une infrastructure verte à l’échelle du continent est en cours depuis plusieurs années, son adhésion unanime à l’Accord de Paris y jouant un rôle majeur. En vertu de cet accord, chaque pays s’est engagé à réduire annuellement ses émissions de carbone afin de prévenir de nouveaux dommages climatiques.
En plus de remplir ces obligations, les pays africains pourront bénéficier d’infrastructures nouvelles et améliorées, favorisant leur industrialisation et leur accession au rang de nations développées. Ils pourront également se féliciter d’avoir contribué à sauver la planète et à inverser les effets du changement climatique en tant que citoyens du monde responsables.
Toutefois, des accords seront nécessaires avec les nations développées pour obtenir des financements, des équipements, de l’expertise et une planification adéquate. À leur tour, lorsque l’infrastructure africaine progressera, ses exportations augmenteront, permettant au reste du monde de profiter d’échanges internationaux accrus.
